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Berlin 2011   -   12-02-2011

Journal de bord    

Revivez la Berlinale au quotidien, comme si vous y étiez !

JOUR 9

Deuxième session de courts métrages après l'excellente série « Short and Scary ». Décidément, cette programmation en cinq volets n'est pas qu'un simple à-côté. Elle dépasse même de très loin le niveau de la Compétition. A chaque fois, le rendez-vous fait salle comble. Succès amplement mérité. Le public attend avec impatience la nouvelle réalisation de Park-Chan Wook et de son frère Park-Chan Kyong. Une collaboration qui porte le nom de « Parking Chance ». Les frangins ont tourné leur Night Fishing avec un I-Phone 4. On a pensé un moment à un gros coup marketing (l'annonce a fait un buzz sur Internet). Ajouté à cela le fait que la filmographie du réalisateur de Old Boy montre des signes de faiblesse depuis un certain temps. Un dernier constat, enfin : le cinéma coréen n'est plus ce qu'il était. On attend qu'il sorte la tête de l'eau, comme la femme-chamane du fascinant Night Fishing. Celle-ci s'est rendue sur la terre des morts pour prendre des nouvelles d'un défunt tristement fêté par sa famille. Les frères Park invoquent ici une culture coréenne ancestrale. Cette fois, le corps féminin n'est pas le lieu d'une maltraitance physique et/ou morale mais le véhicule d'une communication entre le monde des fantômes et celui des vivants. Au pays de la division Nord-Sud, faut-il désormais être deux pour faire un bon film ?


On peut triompher seul mais cela prend plus de temps. Il a fallu sept ans à Kamil Polak pour achever Świteź – La Cité Perdue. Résultat : vingt et une minutes d'une beauté foudroyante. En pleine nuit, un voyageur voit sa carriole stoppée à cause d'un orage. Il tombe dans un lac et découvre un lieu d'un autre temps, qui aurait tout du paradis s'il n'était ravagé par la guerre. Les eaux se métamorphosent en nuages. La descente est vertigineuse. Quand survient la bataille, la mer se soulève pour dévorer une cité en flammes. Kamil Polak vient de donner vie à la poésie et à la peinture romantiques. Grandiose.

 

JOUR 8

Après deux jours de calme du côté de la Compétition, The Forgiveness Of Blood relance l’intérêt. Les avis sont contrastés au sein de la rédaction mais à la veille du palmarès, le film de Joshua Marston fait vibrer le curseur.

Exposition Ingmar Bergman


Visite de l'exposition « Vérité et mensonges » consacrée à Ingmar Bergman. Un intitulé pas vraiment étonnant pour cet homme de théâtre et de cinéma. On se trouve au premier étage de la Deutsche Kinemathek. Le circuit n'est pas très long mais il y a beaucoup à voir entre les scénarios originaux annotés, les photos de tournage, les costumes des films médiévaux, le programme des différents théâtres dans lesquels Bergman a exercé en tant que directeur et metteur en scène, les coupures de journaux suédois et allemands. On peut également y voir les photos de la propriété de Fårö, l’île que le cinéaste suédois découvre en tournant A travers le miroir : une belle résidence de fin de vie avec une bibliothèque personnelle impressionnante, en forme de long couloir blanc et boisé. Le parcours nous mène dans une pièce où quatre écrans se font face. Des extraits de films tournent : Persona fait face au Septième Sceau qui fait face à un autre extrait de Persona, etc. Ce carré jouxte une pièce de collection intitulée le « cinématographe », en écho à la lanterne magique qui illumine l'enfance de Fanny et Alexandre. L'exposition a lieu jusqu'au 29 mai 2011. Retour sur l'événement dans notre prochain trimestriel.

 

JOUR 7

 

« Après la pluie, vient le beau temps » jurait Lee Yoon-ki avec Come Rain, Come Shine. Fausse promesse. L’interminable plan-séquence introductif pour présenter la rupture du couple rappelle celui de l’inerte et inutile A Mysterious World de Rodrigo Moreno. Voir par deux fois l’ennui repousser les limites de sa propre définition tient de la performance. Gros nuages noirs dans nos têtes. Le film a la densité d’un bruit de fond. Aussi enthousiasmant que le clapotis de la pluie sur les fenêtres, aussi funky que le crépitement de l’huile dans la poêle pour frire quelques oignons. Ce sont là les scènes d’action les plus trépidantes… Le couple qui se délite trouve son écho dans notre propre décomposition. Tout est trop lisse, les acteurs, la mise en scène, les décors qui ressemblent au circuit Ikea. La Corée déçoit encore. Le court-métrage de Park Chan-wook tourné avec un iphone 4, Night fishing, est le dernier espoir.

La salle du Berlinale Palast est confortable. Restons-y, peut-être que Qui, à part nous d’Andres Veiel rehaussera notre effondrement. Ménage à trois, amour libre, fils de nazi passé dans les rangs de l’extrême gauche allemande, la formation de la bande à Baader… L’excitation tombe vite. Aucune saveur. Une hésitation faite film. Veiel ne sait pas quelle histoire raconter, ni quel personnage suivre, ni quelle position défendre, ni quel discours élaborer… Même les explosions restent hors champ. Le contexte historique est un prétexte pour se pâmer dans les méandres d’un couple à la fesse molle. La compétition officielle sonne creux. Même après avoir touché le fond, Lee Yoon-ki et Andres Veiel creusent encore.

Troisième film en compétition de la journée, Lipstikka, film israélo-britannique de Jonathan Sagall. Lara, Palestinienne mariée à un Anglais et mère d'un petit garçon, vit à Londres. Elle reçoit la visite inopportune d'Inam, son amie d'enfance, quand toutes deux vivaient encore à Ramallah.

La confrontation amorce une série de réminiscences expliquant les raisons de la brouille entre les deux femmes. Elles sont nombreuses. Lara considère Inam comme une trainée, alors que celle-ci, adolescente, s'est laissée prendre par un soldat israélien pour préserver sa bonne copine d'une éventuelle agression ; Lara a toujours été amoureuse d'Inam, mais cet amour n'a jamais été réciproque ; Lara a volé son homme à Inam et par incidence, sa vie de bourgeoise, etc. C'est donc en toute logique que Lara, l'ingrate, la rancunière et la traitresse – mais peut-être tout cela est-il à mettre sur le compte de son alcoolisme avéré ? –, a le beau rôle de ce film répugnant, dont tout l'enjeu est de savoir si une adolescente palestinienne de 16 ans n'a pas eu ce qu'elle méritait en se faisant violer par un soldat israélien. Pour le savoir, la fameuse scène est montrée deux fois, d'abord du point de vue de Lara, témoin, puis d'Inam, victime. Verdict de ce Rashomon du viol : la victime est forcément coupable, ou tout du moins, elle l'a bien cherché. Dernier reproche : la bassine pour vomir à la fin de la projection n'est pas fournie. C'est dommage.

Migration vers la sélection Panorama. Manifestement, c’est là que ça se passe. Au bout d’un tunnel bien sombre, une lumière suédoise apparaît, éclatante. Six pieds sous terre, l’intérêt ressuscite dès les premiers plans de She Monkeys. Le film de Lisa Aschan rappelle le très beau Naissance des pieuvres de Céline Sciamma (en compétition dans la même sélection avec Tomboy). Aschan dessine avec la même précision et avec la même justesse les tragédies ordinaires de l’adolescence au féminin. Sa mise en scène au millimètre maintient une tension qui oscille entre la sexualisation et le danger. Ni l’un ni l’autre n’aboutit, mais elle en a esquissé le mouvement. Après l’inanité des couples fossilisés, la réalisatrice suédoise est un sursaut, un nouvel élan. Elle a ranimé notre cinéphilie. Rendez-vous demain pour un critique enthousiaste !

JOUR 6

Grosse déception à la lecture des notes attribuées par nos confrères à deux films présentés en compétition, Nader et Simin, une séparation, de l'Iranien Asghar Farhadi, et The Turin Horse, du Hongrois Béla Tarr : 3.6 et 3.5 sur 4, soient les deux meilleures moyennes à ce jour. En quoi est-ce une déception ? Parce qu'à cause d'un malheureux concours de circonstances et de projections additionnelles sous-titrées en allemand, et pas en anglais, les malheureux non-germanophones que nous sommes n'avons pu voir ces deux réalisations. Pas de divorce à l'iranienne pour nous, ni de cheval nietzschéen. Il ne reste qu'à éplucher le programme du marché du film, afin de trouver une éventuelle séance de rattrapage. Rien n'est perdu.

Alors que Béla Tarr annonce à la presse son désir d'arrêter le cinéma et de « devenir chauffeur de taxi à Berlin », nous regrettons que Wolfgang Murnberger, le réalisateur allemand de My Best Enemy, présenté hors-compétition, n'en fasse pas autant. L'histoire de ce galeriste juif, amené à échanger ses vêtements de déportés contre l'uniforme de SS de son ex-meilleur ami, se laisse suivre sans réel désintérêt. Pourtant, My Best Enemy dérange, et pas pour de bonnes raisons. En cause, la ringardise de sa reconstitution historique (voitures trop propres, costumes trop neufs), ses manquements à la crédibilité la plus primaire (son personnage a beau survivre à trois camps de concentration, le joufflu Moritz Bleibtreu ne perd pas un gramme) et surtout, sa maladresse idéologique. A trop vouloir rester politiquement correct, Murnberger ne se rend pas compte qu'en faisant triompher un héros revanchard et intéressé, il reconduit le stéréotype antisémite du juif cupide et sournois. Le père du protagoniste, qui parle beaucoup par dictons, en a oublié un, essentiel : l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Pour se remettre de cette expérience idéologiquement suspecte, direction l'Argentine et son Mysterious World (en compétition). Rodrigo Moreno y narre... Quoi, au fait ? Après 1 h 47, on n'en a pas la moindre idée et on peut légitimement supposer que tous ceux qui ont sifflé le film à la fin de sa projection n'ont pas la réponse, eux non plus. Boris se fait plaquer par Ana. Boris croise des gens. Boris achète une voiture. Boris se la fait voler. Fin. Difficile de croire que le résumé publié dans le catalogue du festival décrit TOUTES les péripéties de ce « monde mystérieux » dont le seul mystère concerne les motivations de son auteur. Au final, la seule chose qu'on comprend, c'est qu'Ana a bien fait de quitter ce lymphatique de Boris. Bon débarras.

JOUR 5

Miranda July nous apparaît sur la Potsdamer Strasse. On met un certain temps à la reconnaître. Elle pose à côté de l'affiche de The Future, son deuxième long métrage présenté en compétition. Un(e) fan aurait pu faire la même chose. Le film est passé par Sundance avant d'arriver jusqu'à nous, comme d'autres productions américaines sélectionnées à Berlinale.

Sophie (Miranda July) enseigne la danse à des enfants. Jason travaille à domicile pour une hotline en informatique. Ils vivent ensemble, mais s'angoissent pour l'avenir de leur couple. Ils décident de mettre à profit les trente jours qui les séparent de l'adoption d'un chat mourant, pour s'affranchir de leur routine. Les avis sur le film sont partagés au sein de la rédaction, à cause d'une première demi-heure trop affrétée et chichiteuse. Pour ceux qui ont passé ce cap sans encombre, la récompense est considérable. The Future est un film fantastique qui n'avoue jamais vraiment qu'il l'est, évoquant les cinémas de Richard Kelly (Donnie Darko, Southland Tales), Michel Gondry et Alain Resnais, construit autour d'une grande idée : représenter la rupture amoureuse non pas comme une banale séparation de l'espace ou des biens, mais comme une scission de la temporalité, en faisant s'écouler le temps à une vitesse variable suivant le personnage suivi. Les amateurs parmi nous reviendrons longuement sur ce film dans Palmarès magazine trimestriel N4 (disponible dans les points de vente habituels le 10 avril).


La belle Miranda est donc bien là. En revanche, on ne risque pas de croiser le génial Iwai Shunji. Le réalisateur de Vampire et son équipe ont fait le voyage jusqu'à la capitale allemande, mais ils gardent le lit suite à une intoxication alimentaire. Il va sûrement falloir renoncer à notre interview. Quel dommage !


Survol du quotidien Screen. Le cinéma de Werner Herzog est un train d'opérer un virage à 180°. Après s'être intéressé aux origines de l'humanité (Cave of Forgotten Dreams), il arpentera le couloir de la mort. Herzog a annoncé la nouvelle par téléphone depuis le Texas, et non pas à Berlin. Encore une interview à laquelle il va nous falloir renoncer ? Croisons les doigts pour que le cinéaste ait le mal du pays et revienne avant la fin du festival.

JOUR 4

Jerome Sable (

Malgré un très bon début, Le Coriolanus de Ralph Fiennes ne convainc pas. Le projet est ambitieux. Il manque aussi de modestie pour une première réalisation. Mais là n'est pas la question. Fiennes rate sa transposition moderne du texte shakespearien.
La Deutsche Kinematek consacre une exposition et une rétrospective à Ingmar Bergman. Pour évoquer son univers, Harriet « Monika » Andersson est accompagnée de Stig Björkman, cinéaste avec lequel elle a tourné deux films. Björkman est surtout un grand spécialiste du moderne suédois. On lui doit aussi un livre d'entretiens avec Woody Allen.
La dernière partie de soirée est mémorable. Eloigné de l'épicentre de la Berlinale (Potsdamer Strasse, Alte Potsdamer Strasse, Marlene Dietrich Platz), le campus accueille la sélection de courts métrages « Short et Scary ». L'ambiance est remarquablement détendue et bon enfant. Elle devient électrique quand survient le premier gros choc de la soirée. The Legend of Beaver Dam réussit le mariage improbable entre slasher et musical. On n'est pas loin d'un Rocky Horror Picture Show. Le sang gicle sur du heavy metal et des arrangements vocaux somptueux. Plaisir immédiat.

 

The Unliving

 

Le meilleur pour la fin : la demi-heure de The Unliving est parfaite. Dans le monde de demain, les zombies seront une espèce asservie. Le traitement émotionnel que Hugo Lilja en fait est inédit. Pour être honnête, « il ne s'agit pas vraiment d'un court métrage, mais du pilote d'une éventuelle mini-série. » Un long-métrage est déjà en préparation. A suivre.
 

JOUR 3

Journée entièrement en 3D à la Berlinale. Michel Ocelot a enchanté une mâtinée enneigée avec ses Contes de la nuit. Des ombres chinoises se débattent entre malédiction et innocence. Le réalisateur en conférence de presse : « Je pense que la technique est encore très archaïque. L'important est d'avoir des choses à dire et de faire passer de beaux sentiments. Pour moi, la 3D est juste un autre outil, un outil magique comme le tam-tam dans le film. »


La Pina de Wenders divise la rédaction. Pour les uns, un deuxième enterrement, une oeuvre d'imposteur-opportuniste-fossoyeur. Capté par le réalisateur allemand, l'art de la chorégraphe disparue ne communique pas avec les vivants. Pour les autres, la 3D apporte une plus-value et nous rapproche des corps comme jamais.


Pour réconcilier tout le monde, il faut un chef-d'oeuvre : on le trouve dans la « cave des rêves oubliés » de Werner Herzog. La cohérence est absolue entre le projet et la technologie utilisée. Les peintures rupestres portent en germe le cinéma d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Il y a la couleur. Ne leur manque que la parole.

Le clou de cette belle journée ? Vampire d'Iwai Shunji, un film beau comme du Gus Van Sant, sur un sujet évoquant parfois le cannibalisme sensuel de Trouble Every Day de Claire Denis. A suivre...

JOUR 2

Dans la famille de la section Panorama, je demande The Stool Pigeon de Dante Lam. Mauvaise pioche. C'est du sous-Johnnie To, un Infernal Affairs en moins inspiré et en beaucoup plus mièvre. L'image est vieillotte. Heureusement qu'il y a des téléphones portables pour indiquer qu'on est au 21e siècle. Variety nous apprend d’ailleurs que le prochain Johnnie To est projeté au marché du film. Don't Go Breaking My Heart ne sera pas un film d'action nerveux mais une comédie romantique kitschissime. La preuve en bande-annonce.


La mièvrerie légendaire du cinéma HK est au rendez-vous mais ce sera toujours plus réjouissant que les projections de Nothing to Declare et Jo's Boy. Besoin d'une traduction ? Danny Boon et le duo Lanvin-Marchal sont dans la place. Pauvre France.

On apprend tout ça dans la file d'attente pour The Education, un premier film programmé dans une autre sélection parallèle, la Perspektive Deustches Kino, qui fête ses 10 ans.

Ange exterminateur, Jan vit ses premiers émois amoureux tout en planifiant son avenir dans une moyenne entreprise. Les atouts de The Education finissent par se retourner contre lui. Trop ostentatoire, son atmosphère métallique et high-tech anesthésie la férocité du propos. Dirk Lütter, le réalisateur, s'est fait prendre à son propre piège. Et toute la charge de sa critique sociale de se diluer dans la perfection froide de la HD. Travail impeccable, mais sans âme. Si elle a fait des émules, la « nouvelle nouvelle vague allemande » n'est-elle pas en train de se transformer en nouvelle « qualité » ? Le renouvellement formel d'hier n'est-il pas la norme d'aujourd'hui ? Si tel est le cas, on ne peut pas en vouloir à Lütter qui démontre d'indéniables talents de mise en scène. Une promesse pour demain.

Pendant ce temps en Asie, quelques irréductibles ont résisté à la « menace » féministe. La Corée du Sud aime toujours autant les femmes martyres. Elle excelle même dans l'art du mélo sadique.

Dance Town trace le chemin de croix de Rhee Jung-Nim, héroïne forcée de fuir le Nord ultra-répressif pour s'installer dans le Sud. Le passage d'une Corée à une autre avance un argument dramatique passionnant. Ce qu'en fait Jeon Kyu-hwan l'est infiniment moins. Misérabilisme crasseux (exemple : baise subie dans une ruelle crade + clochard voyeur + détroussage + vomi sur les chaussures), condamnation morale et plaidoyer anti-avortement. Comme le dit l'un de nos rédacteurs, « la Corée, c'est l'autre pays de Lars Von Trier ».

JOUR 2

On l'attend avec une pointe d'excitation. Salle comble au Cinemaxx pour Tomboy, le deuxième long métrage de Céline Sciamma (Naissance des pieuvres). Tout le monde ne peut pas entrer. Il s'agit du seul film de la soirée avec True Grit des frères Coen, présenté en grande pompe dans le Berlinale Palast. Ceci explique peut-être cela.
Certains osent occuper les sièges réservés et se font rappeler à l'ordre. La séance a une demi-heure de retard. Céline Sciamma est maintenant face au public. Elle ne veut rien révéler de l'histoire. Promo du festival oblige, d'autres l'ont fait pour elle. Le temps d'un été, une jeune fille se fait passer pour un garçon et intègre la bande du quartier, jusqu'à ce que celle-ci s'aperçoive de la supercherie.
Quand les lumières se rallument, la réalisatrice répond aux questions et aux attaques éventuelles. Petite précision : « j'ai voulu raconter une histoire simple, qui ressemblerait à ces films d'infiltration ». S'exprimant en anglais, Sciamma utilise le mot « undercover ». Toute la salle semble acquise à sa cause, sauf une spectatrice qui juge la fin lapidaire et moralisatrice. Rien n'est plus faux. Certes, pour l'héroïne, Laure, c'en est fini de la panoplie de garçon. Il lui faut faire un coming out à l'envers – révéler sa véritable identité - mais le désir continue de circuler entre elle et sa voisine Lisa. Reste que Tomboy n'est pas aussi séduisant que Naissance des pieuvres. A croire que Sciamma a elle-même du mal avec le monde de la Loi, de l'ordre moral et des adultes. Pourquoi se coltiner l'environnement familial si c'est pour le traiter de manière aussi superficielle ? Pourquoi « Tomboy » et pas « garçon manqué » ? Céline Sciamma répond pendant plus d'une demi-heure à ces questions et à beaucoup d'autres, lors de notre entretien.


Petit garçon deviendra grand. Il portera des rangers et une moustache comme les affectionne les dictacteurs (ou les coiffeurs). Connaissez-vous Troupe d'élite, Ours d'or en 2008 (?!), préfiguration des Expendables de Stallone ? La suite a été présentée dans la sélection Panorama. Plus facho tu meurs...de rire. Bizarre que ça se passe au pays de Lula et de la gauche triomphante. L'heure devrait être à l'euphorie, pas au populisme d'extrême-droite. A côté, L'Inspecteur Harry passe pour un polar gauchiste.


Séance suivante : The Devil's Double de Lee Tamahori, tourné à Malte, en anglais, avec à l'affiche un acteur britannique (Dominic Cooper) et une actrice française (Ludivine Sagnier en mode Mesrine – femme-potiche pour homme à moustache). Ou la véritable histoire du double de Udai Hussein, fils de Saddam.
En fin de journée, une attaché de presse nous annonce que The Turin Horse, sélectionné en compétition, pourrait être l'oeuvre ultime de Béla Tarr. «  Pas de dialogues, de longs plans-séquences, un noir et blanc superbement éclairé. C'est son clap de fin ». On a d'autant plus hâte de le découvrir.

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